Guerre commerciale – DEUXIÈME ACTE
BMO Gestion privée - 5 mars 2025
Après des jours d’incertitude et de messages contradictoires, tant de la part de membres du cabinet que du président lui-même, le président Trump a confirmé que des tarifs douaniers de 25 % sur les...
Après des jours d’incertitude et de messages contradictoires, tant de la part de membres du cabinet que du président lui-même, le président Trump a confirmé que des tarifs douaniers de 25 % sur les importations en provenance du Canada et du Mexique, en plus de tarifs de 10 % supplémentaires sur les importations en provenance de la Chine, entrent en vigueur le 4 mars. La nouvelle a fait plonger les marchés boursiers mondiaux.
Soulignons que le président Trump a confirmé ces tarifs douaniers lors d’une conférence de presse annonçant des investissements prévus de 100 milliards de dollars par la société Taiwan Semiconductor aux États-Unis. En réponse aux questions à ce sujet, il a déclaré que le Canada et le Mexique « devront, entre autres, construire leurs usines de construction d’automobiles aux États-Unis s’ils ne veulent pas payer de tarifs douaniers »1. Le président Trump a également signalé que des tarifs douaniers seront imposés à d’autres pays le 2 avril. Le discours imminent du président à la séance conjointe du Congrès, le 4 mars à 21 h HE, est très attendu. Il se peut que le président Trump y présente des exceptions aux tarifs douaniers actuels et des voies de sorties pour les éviter. . . ou peut-être préparera-t-il le pays à une lutte prolongée justifiée par des promesses d’un avenir meilleur.
Pour y voir plus clair
Bien que la justification initiale du président Trump pour l’imposition de tarifs douaniers au Canada, au Mexique et à la Chine ait été liée à la sécurité frontalière et au fentanyl, il est clair que son programme politique qui fait passer « les États-Unis d’abord » vise à modifier considérablement les relations commerciales à l’échelle mondiale. À la base, il considère que l’existence d’un déficit commercial aux États-Unis est une preuve en soi de l’injustice de ces relations commerciales. On pourrait certes envisager son approche actuelle comme une stratégie, qui consisterait par exemple à commencer en force pour reculer plus tard, à créer une imprévisibilité tactique, à établir un précédent pour l’UE et d’autres, ou à mettre le Canada, le Mexique, et la Chine en concurrence pour déterminer qui aura le plus à offrir, mais il se peut simplement que le président Trump envisage un résultat favorable en assenant le plus grand coup possible. Il ne faut pas non plus négliger son désir de générer des revenus au moyen des tarifs douaniers pour financer des réductions d’impôt, même s’il n’est pas aussi prégnant que sa volonté de rapatrier des emplois aux États-Unis.
Le président surestime-t-il la résilience économique des États-Unis?
La faiblesse des données et des résultats d’enquête aux États-Unis a été soulignée à la fin de février/début de mars, notamment en raison de la baisse de la confiance des consommateurs et de la hausse des demandes initiales d’assurance-emploi hebdomadaires. L’estimation du PIB du premier trimestre par le modèle GDPNow de la Fed d’Atlanta a plongé en territoire de contraction au cours de la dernière semaine2. Les tarifs douaniers ne sont pas la seule perturbation qui a une incidence sur l’économie. Les réductions de dépenses et les mises à pied opérées par le DOGE auront des répercussions permanentes. Même la prolifération de l’IA est une perturbation qui évolue lentement et qui entraîne probablement un certain degré de prudence au sein de la main-d’oeuvre.
Compte tenu du faible taux de chômage et des records boursiers atteints en février, le président Trump surestime peut-être la capacité de l’économie américaine à absorber les chocs. Les replis précédents ont montré que le marché de l’emploi peut s’inverser rapidement, surtout maintenant que la marge de manoeuvre liée aux offres d’emploi excédentaires s’est érodée. Les marchés des devises pourraient également signaler une position américaine moins robuste, car le dollar canadien n’a pas dépassé ses creux de février par rapport au dollar américain, et le yen japonais s’est récemment considérablement raffermi. Le raffermissement du yen pourrait ajouter un autre élément de risque de marché si la réduction du portage du yen (emprunter à faible coût en yen pour investir sur les marchés américains et ailleurs) commence à se dénouer et à s’inverser. L’économie américaine a commencé l’année de façon stable, sans toutefois être solide. Un choc économique modeste peut être absorbé, mais de multiples chocs importants sont beaucoup plus risqués.
La résistance intérieure des États-Unis est imminente
Le président Trump croit qu’il a le mandat de procéder à des changements radicaux, mais il faut aussi tenir compte de plusieurs réalités. Les républicains, pour commencer, privilégient généralement le libre-échange et n’appuieront probablement que le programme tarifaire du président jusqu’à présent. La majorité républicaine à la Chambre des représentants n’a jamais été aussi faible en près de 100 ans, de sorte que l’importance des recettes tarifaires dans les négociations budgétaires pourrait être déterminante. Des chefs d’entreprise comme le chef de la direction de Ford ont déjà fait des déclarations publiques sur les conséquences dévastatrices de ces tarifs. Les annonces de mises à pied seraient le point où la résistance reprendrait de la vigueur et où le discours sur les tarifs douaniers deviendrait résolument négatif au pays. Cette évolution se produira probablement en l’espace de quelques semaines, et non de quelques mois. En effet, le président Trump pourrait fournir une feuille de route qui comprend une voie de sortie des tarifs douaniers à tout moment.
Réponse et perspectives
Le Canada et la Chine ont annoncé des représailles tarifaires, et la présidente du Mexique a indiqué que les siens le seraient bientôt. Jusqu’à présent, les trois pays ont fait preuve de retenue, ce qui est logique compte tenu du fait que les tarifs douaniers causent des dommages à court terme à l’économie de toutes les parties concernées. Nous pensons que le président Trump pourrait amener l’économie américaine (et mondiale) au bord du gouffre, mais qu’il conclura des accords commerciaux avant d’y tomber. Cela dit, une grande incertitude plane à son bord. De plus, en ce qui concerne les répercussions économiques des tarifs douaniers, le bord pourrait être considérablement plus près que ne le pense le président Trump.
1Discours du président Trump, 03/03/2024, lors d’une conférence de presse
2www.atlantafed.org/cqer/research/gdpnow
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