Commentaire sur les marchés mondiaux Rétrospective de l’année 2024 : l’année de l’électorat

BMO Gestion privée - 6 janvier 2025

Pour les investisseurs, 2024 a été une année exceptionnelle malgré les craintes que la politique et la géopolitique perturbent les marchés. Quelle meilleure preuve que la politique n’a pas sa place dans votre portefeuille!

Les immeubles de bureaux au coucher du soleil.

Kakistocratie (nom) : gouvernement exercé par des personnes médiocres.
– Le Robert

Pour les investisseurs, 2024 a été une année exceptionnelle malgré les craintes que la politique et la géopolitique perturbent les marchés. Quelle meilleure preuve que la politique n’a pas sa place dans votre portefeuille!

Les investisseurs avertis savent que les paramètres macroéconomiques fondamentaux constituent le principal moteur du marché et que, parfois, la politique et la géopolitique interviennent brièvement. Les événements de 2024 nous ont aussi montré que l’économie n’est pas le marché boursier, et vice versa. Les marchés boursiers du monde entier sont simplement des paniers d’actions de sociétés prises individuellement. Leur sort n’est pas forcément représentatif de la situation d’un pays.

L’effervescence entourant les élections

En 2024, des élections ont eu lieu dans des pays regroupant plus de la moitié de la population mondiale, ce qui représente un nombre sans précédent d’électeurs. Les élections américaines ont recueilli le plus d’attention. L’agitation liée à la transition vers l’administration entrante, l’incidence sur le Congrès, les nominations des conseillers ministériels et les ambitions internationales défraient actuellement la chronique.

La montée du populisme à l’échelle mondiale est une réalité depuis de nombreuses années, mais ce mouvement a massivement malmené les élus – de gauche, du centre ou de droite. Différents enjeux se disputent l’espace public dans toute élection, mais d’un point de vue économique, l’inflation a le plus pesé sur le vote d’électeurs déterminés à en attribuer la responsabilité au parti au pouvoir. La démocratie et le capitalisme vont de pair. Au cours de l’année qui vient de se terminer, la foi des marchés financiers dans les institutions qui sous-tendent la démocratie et le capitalisme a été mise à l’épreuve, mais n’a pas flanché.

Ne mêlez pas la politique à votre portefeuille!

Oui, la politique peut certainement agir sur les entreprises et les secteurs pris individuellement, mais les marchés boursiers dans l’ensemble sont pour l’essentiel influencés par les paramètres fondamentaux que sont la croissance des bénéfices et les taux d’intérêt.

Aux États-Unis, le pire scénario d’une transition interminable, contestée et potentiellement violente ne s’est pas matérialisé. En dépit de tentatives d’assassinat et du retrait de la course d’un président en exercice moins de 100 jours avant la date de l’élection, les marchés boursiers des États-Unis ont été en tête du classement mondial, l’indice S&P 500 ayant clôturé l’année avec un rendement total de 25 %, après avoir inscrit une performance de 26,3 % l’année précédente.

Au 1er janvier 2025, malgré le suspense politique en cours, le Canada n’a pas cédé à la frénésie électorale. Lorsque viendra le temps d’aller aux urnes pour les Canadiens, nos perspectives concernant la politique et les portefeuilles seront inchangées en ce qui concerne le Canada. Ce sont les paramètres fondamentaux des sociétés, et non la politique, qui retiennent l’attention des marchés financiers.

Le marché boursier n’est pas l’économie

Le rendement de plusieurs marchés boursiers à l’échelle mondiale en 2024 corrobore le fait que les marchés ne sont pas l’économie. Les actions canadiennes ont figuré parmi les plus performantes en 2024; malgré une économie qui a progressé tant bien que mal, l’indice S&P/TSX a affiché un rendement total robuste de 21,7 %. Les craintes d’une bascule de la politique européenne à l’extrême droite ne se sont pas entièrement concrétisées bien que les gouvernements français et allemand soient en pleine mutation, sur fond de difficultés économiques persistantes. Là encore, l’économie n’est pas le marché boursier et vice versa. En Allemagne, l’indice boursier DAX a gagné 19 %. En revanche, l’indice CAC 40 français a perdu 2 % pour l’année.

Au Canada, une croissance économique inférieure au taux potentiel et la faiblesse du marché de l’emploi ont contribué à l’efficacité des efforts pour maîtriser l’inflation, ce qui a incité la Banque du Canada (BdC) à procéder aux réductions de taux les plus musclées à l’échelle mondiale. La BdC a procédé à cinq baisses de taux, dont deux réductions prononcées de 0,5 %, pour un total de 1,75 %. Sur le marché obligataire, les taux à court terme ont diminué alors que les taux à plus long terme ont augmenté; l’indice des obligations universelles FTSE Canada a enregistré un rendement total de 4,2 %. Sous l’effet de l’écart de la croissance, de l’inflation et des taux d’intérêt entre le Canada et les États-Unis, le huard a touché un creux inégalé en 20 ans (0,695 $ US ou 1,44 $ CA).

Ce qu’il faut retenir de toute cette confusion, c’est que le marché boursier est constitué d’actions de sociétés individuelles, dont la situation est généralement unique, et qu’il ne reflète pas forcément la situation d’un pays. Dans les marchés développés (comme les États-Unis, le Canada, l’Europe, le Japon et d’autres), la démocratie, l’État de droit et des systèmes financiers modernes et interconnectés mondialement permettent à des sociétés solides, orientées vers les marchés mondiaux de s’établir dans ces territoires et de briller même si l’économie locale est anémique ou la politique chancelante.

Bien que cela soit paradoxal aux yeux de certains, le contexte dans lequel évoluent la monnaie et les taux d’intérêt peut être favorable aux entreprises locales même si l’économie nationale est en difficulté. L’Allemagne et le Canada en sont des exemples. Ces deux pays présentent des bilans gouvernementaux relativement bons, mais en raison de la faiblesse de leur économie, les taux d’intérêt sont peu élevés et les monnaies sont faibles, ce qui est avantageux pour les exportateurs et, par conséquent, les marchés boursiers nationaux.

 

Les États-Unis en tête

À l’heure actuelle, les États-Unis sont l’endroit le plus accueillant sur terre pour les capitaux. La performance supérieure du marché boursier et la taille même du marché américain représenteraient ce qu’on a appelé l’exceptionnalisme américain. Selon nous, ce caractère d’exception n’est pas propre aux États-Unis; nous parlerions plutôt d’un exceptionnalisme mondial qui est localisé dans la zone géographiquement la plus favorable.

Par-delà tout ce que les États-Unis sont – et ne sont pas – de nos jours, ce pays offre en abondance ce dont les entreprises ont besoin pour prospérer. Ce pays donne accès au bassin de capitaux le plus vaste du monde (les plus grands marchés boursiers et obligataires), dans la devise la plus largement acceptée du monde et dans la langue la plus parlée au monde, qui est de surcroît la principale langue des affaires. Les États- Unis offrent une infrastructure physique et sociale saine (un régime démocratique, un système juridique de confiance et des soins de santé), qui favorise la croissance, la productivité et l’innovation. Un enseignement supérieur de calibre international donne accès à une main-d’oeuvre qui se doit d’être de plus en plus hautement qualifiée.

Cela ne signifie pas que les autres endroits ne sont pas intéressants ni que les États-Unis sont parfaits – loin de là. Il n’est cependant pas surprenant que les plus grandes sociétés du monde choisissent en si grand nombre de s’établir aux États-Unis – et de figurer dans l’indice S&P 500.

 

Y a-t-il une limite à l’exceptionnalisme américain?

La performance supérieure des marchés boursiers américains incite à faire des rapprochements avec ce qui s’est produit à l’ère de la bulle technologique. Tout comme en 1999, la capitalisation boursière actuelle des actions américaines représente plus du double de la taille de l’économie des États-Unis. Les investisseurs devraient-ils s’inquiéter? Voici comment nous voyons les choses. De nombreuses entreprises américaines, certainement les plus grandes, exercent leurs activités à l’échelle mondiale. Par conséquent, l’économie américaine n’est pas la seule en cause; nous ferions bien de contre-vérifier la valeur des actions américaines en regard de celle de l’économie mondiale.

Par exemple, en 1999, les actions américaines étaient évaluées au double de la valeur de l’économie des États-Unis et leur valeur était équivalente à celle de l’économie mondiale. Conclusion : elles étaient surévaluées et ce constat a été validé par le délestage du marché entre 1999 et 2003. Faisons une comparaison avec 2024. Aujourd’hui, les actions américaines représentent le double de la valeur de l’économie des États-Unis, mais seulement un peu plus de la moitié de la valeur de l’économie mondiale. S’il y a une limite à l’exceptionnalisme américain (nous préférons parler d’exceptionnalisme mondial illimité), il se pourrait que nous en soyons loin.

 

Si la politique n’a pas joué, que s’est-il passé?

En 2024, le discours dominant a porté sur l’amélioration des conditions et les surprises positives. Le contexte macroéconomique mondial s’est révélé meilleur que prévu. La croissance économique hors États-Unis a dépassé les attentes (c.-à-d. qu’elle n’a pas été négative). En gros, une forte croissance économique n’était pas le but parce que cela aurait nui à la lutte contre l’inflation, qu’il fallait encore endiguer. Dans de nombreux pays, toutefois, l’inflation renoue avec le niveau cible et la croissance redevient le principal objectif. Les États-Unis demeurent un bastion, mais l’inflation rôde et les craintes d’une nouvelle poussée inflationniste subsistent.

Les marchés boursiers mondiaux ont été portés par la perspective que la faiblesse de la croissance et le recul de l’inflation permettent à tout le moins aux banques centrales de continuer de réduire les taux d’intérêt (ce qu’elles ont fait en grande partie), stimulant au besoin l’économie et préparant le terrain à la poursuite des reprises naissantes. À cela s’est ajoutée la poursuite d’une croissance robuste aux États-Unis alors que l’inflation se résorbait suffisamment pour que la Réserve fédérale puisse effectuer trois baisses de taux totalisant 1 %. Par ailleurs, la Chine continuait de tirer les leviers pour relancer la croissance de son économie. Il se peut que Beijing prenne des mesures de relance plus énergiques en 2025 puisque l’économie chinoise reste faible et l’inflation oscille autour de zéro.

Les menaces liées aux droits de douane et à la géopolitique planent toujours. Pour l’heure, les marchés obligataires, les attentes des banques centrales et les devises sont les principaux éléments à moduler. Les fluctuations de ces amortisseurs, alliées à la retenue manifestée par les dirigeants mondiaux et les mégaentreprises à l’égard de l’administration américaine entrante, apaisent pour le moment les craintes suscitées par les droits de douane. Pendant la majeure partie de 2024, la conjoncture a été idéale, c’est-à-dire ni trop forte ni trop faible, en raison de surprises positives en matière d’inflation, de croissance économique, de taux d’intérêt et de bénéfices des sociétés. Ces conditions ont été favorables aux actions mondiales, permettant même à certains segments de bénéficier de valorisations élevées. Les valorisations doivent être prises en considération, mais la croissance des bénéfices est le moteur le plus puissant. Nous demeurons optimistes à l’égard de la croissance des bénéfices et des perspectives pour les marchés financiers.

 

Notre stratégie – Équilibrée avec surpondération des actions

Au cours des deux dernières années, nous avons continué de surpondérer les actions à divers degrés, comme c’est le cas dans le contexte actuel de forte progression du marché boursier, qui a commencé en octobre 2023.

Nous continuons de surpondérer les actions américaines et canadiennes, d’adopter une position neutre à l’égard des marchés développés internationaux (Europe et Japon) et de sous-pondérer les actions des marchés émergents. Dans le segment des titres à revenu fixe, nous surpondérons les obligations de sociétés de catégorie investissement et souspondérons les titres de créance de qualité inférieure dans le volet des titres à rendement élevé.

Nous sommes prêts à laisser les titres gagnants s’apprécier, dans des limites raisonnables. Dans les portefeuilles où les fluctuations du marché ont poussé les pondérations des actions au-delà de notre tolérance au risque, nous avons réalisé des gains conformément à notre processus rigoureux et bien équilibré. Le produit de la vente des placements élagués a été réinvesti dans des liquidités et des titres à revenu fixe, ce qui nous a permis de tirer parti des revenus substantiels disponibles et de ménager une marge de sécurité en cas de détérioration de la conjoncture, pour quelque raison que ce soit.

De plus, nous avons maintenu notre exposition aux actions américaines et canadiennes à petite et à moyenne capitalisation, mettant à profit notre expertise en gestion active de portefeuille de qualité supérieure dans ces segments et élargissant notre exposition afin d’exploiter des segments plus abordables du marché.

 

Le mot de la fin – Sommes-nous gouvernés par les chefs politiques que nous méritons?

Le mot de l’année choisi par The Economist a été « kakistocratie ». Il s’agit de l’un des mots les plus recherchés sur Internet en novembre et, selon le magazine, il encapsule de manière percutante les peurs de la moitié des Américains et d’une grande partie de la population mondiale. La kakistocratie renvoie à l’idée que l’électorat est gouverné par les chefs politiques qu’il mérite – une perception âprement débattue. Une chose, cependant, ne fait pas débat : les médias sociaux jouent un rôle plus important et peut-être démesuré dans l’orientation des résultats politiques. Malheureusement, le rôle des médias sociaux et leur recoupement avec la politique ne sont pas universellement constructifs. Les pires éléments de la polarisation déguisée en politique peuvent ainsi devenir viraux.

Le célèbre historien de la politique du XIXe siècle Alexis de Tocqueville a écrit ceci : « Une idée fausse, mais claire et précise, aura toujours plus de puissance dans le monde qu’une idée vraie, mais complexe ». Deux siècles plus tard, les médias sociaux incarnent cette réflexion. Les gens sont apparemment plus irritables de nos jours et les médias sociaux attisent leur mécontentement. La grogne a pour effet naturel de projeter les politiciens populistes à l’avantscène. La démocratie a été mise à rude épreuve en 2024 et nous pouvons nous attendre à ce qu’elle le soit de nouveau en 2025. Cela n’est pas nouveau : l’histoire nous enseigne que la démocratie est fragile et doit constamment être cultivée et défendue.

La démocratie est essentielle au capitalisme et le capitalisme est essentiel au progrès et à l’innovation. La perspective d’une ère d’innovation est porteuse d’optimisme sur le marché boursier. Les marchés boursiers ont considérablement progressé et nous avons la conviction que leur progression n’est pas finie. À court terme, cependant, il se peut que les marchés boursiers se soient emballés; c’est une tendance normale. Dans nos commentaires mensuels, nous avons raité tout au long de l’année de l’humeur des marchés et des bulles. Nous entrevoyons toujours un contexte dans lequel les investisseurs devront être préparés à des corrections normales et habituelles de l’ordre de 5 % à 15 %. Les corrections tempèrent l’exubérance, offrent des occasions, récompensent les investisseurs patients et préparent la voie à la poursuite de la reprise.

L’incertitude politique persistante et des perturbations délibérées pourraient créer un épisode de volatilité. Nous le répétons : ne mêlez pas la politique à votre portefeuille!

Les 16 dernières années ont vu une crise financière, quatre présidents américains (deux de chaque parti), le Brexit, la Crimée, des hausses généralisées des tarifs aux États-Unis, le passage de l’ALENA à l’ACEUM, des guerres commerciales avec la Chine, une pandémie et des guerres en Ukraine et à Gaza, pour ne nommer que quelques événements marquants. La volatilité a accompagné tout cela, mais les marchés boursiers mondiaux sont restés d’excellents endroits pour faire fructifier votre patrimoine. Entre le 31 décembre 2008 et le 31 décembre 2024, le rendement total de l’indice MSCI Monde en dollars canadiens s’est établi à 607 %, soit un rendement annuel composé de 13 %.

Pour lire nos points de vue complets sur ce que 2025 nous réserve, veuillez consulter nos Perspectives des marchés financiers pour 2025 : Au rythme des vagues.

Nous tenons à vous remercier du fond du coeur pour la confiance que vous nous accordez et le privilège que nous avons ainsi de travailler en votre nom. Notre responsabilité envers vous passe toujours en premier.

Bonne année 2025!

Veuillez communiquer avec votre conseiller en placement si vous avez des questions ou si vous souhaitez discuter de vos placements.

 

 

 

 

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